Élaboration d’un cadre canadien de sécurité de l’eau à titre d’outil pour l’évaluation des effets cumulatifs et l’amélioration de la gouvernance des bassins hydrographiques

Karen Bakker, professeure agrégée, Université de Colombie-Britannique, 2008 - 2012
Enjeu

La sécurité de l’eau est un nouveau concept qui depuis les cinq dernières années a retenu de plus en plus l’attention. Le terme « sécurité de l’eau » est utilisé dans un vaste éventail de disciplines et a fait l’objet de définitions et de mesures à diverses échelles. D’ailleurs, il n’existe pas de définition commune de la sécurité de l’eau. Dans le même ordre d’idées, alors que plusieurs indices concernant l’eau ont été développés au Canada pour améliorer la sécurité de l’eau, il n’existe pas d’indice normalisé et communément accepté. Les indices actuels ont souvent des cibles trop spécifiques, ce qui complique la tâche des décideurs qui doivent évaluer les demandes en eau contradictoires et y trouver des compromis. Cela est loin d’être sans risque. Par exemple, l’incapacité de minimiser les effets négatifs de certaines pratiques de gestion des terres et des eaux pourrait menacer l’intégrité du bassin hydrographique de même que la santé publique, et il peut être onéreux d’atténuer ensuite de tels impacts.

L’objectif du projet de recherche était d’améliorer la sécurité de l’eau au Canada en rehaussant la gouvernance de la protection des sources d’eau et de l’utilisation du territoire, en concevant une définition intégrative de la sécurité de l’eau et en élaborant un cadre exhaustif de sécurité de l’eau.

Projet

L’équipe du projet a conçu une méthode d’évaluation de la sécurité de l’eau, basée sur des indicateurs, mais qui intègre l’évaluation à la fois de la quantité et de la qualité de l’eau en ce qui a trait à la santé humaine et la santé de l’écosystème. En évaluant l’état de la sécurité de l’eau conjointement aux évaluations des risques et en incorporant le tout dans un cadre de gouvernance adaptative, l’équipe de recherche a produit une méthode souple « d’apprentissage par la pratique » qui peut s’adapter aux conditions changeantes.

S’appuyant sur des indices existants et des données fournies par les chercheurs et partenaires de l’équipe, le cadre de sécurité de l’eau intègre différents types de modèles, y compris un modèle d’attribution de l’utilisation des terres et un modèle de vulnérabilité de l’eau. Parallèlement, l’équipe a conçu un indice de sécurité de l’eau qui se veut convivial et qui tient compte des types de données suivantes : ressources hydriques, qualité de l’eau de l’écosystème, infrastructure, santé humaine et capacité de gouvernance. Cette mesure quantitative de la sécurité de l’eau permet l’illustration des variations entre bassins hydrographiques. Les outils d’aide à la décision, qui comprennent une liste de contrôle de la gouvernance et un outil de visualisation fondé sur le système d’information géographique (SIG), prennent en considération la variation spatiale. Tout cela a mené au développement d’une méthode qui diffère des autres indices canadiens associés à l’eau en raison de son exhaustivité, son intégration, sa sensibilité à la variation spatiale de la sécurité de l’eau et son inclusion d’outils d’aide à la décision.

L’équipe du projet a constaté que l’évaluation actuelle de la sécurité de l’eau doit être combinée aux évaluations des risques et les résultats doivent être incorporés dans un cadre de gouvernance adaptative qui formalise une méthode souple « d’apprentissage par la pratique » pouvant réagir aux conditions changeantes. Le concept de sécurité de l’eau a été jugé digne d’intérêt autant pour les stratégies de recherche comme les stratégies politiques en appui à une gouvernance de l’eau durable.

Produits

Les principaux produits du projet sont cinq outils d’aide à la décision spécifiquement conçus pour les petites collectivités, les gestionnaires des eaux des municipalités et les organismes provinciaux afin d’évaluer le risque pour la sécurité de l’eau dans leur bassin hydrographique : 

  1. Cadre d’évaluation du risque pour la sécurité de l’eau
  2. Indicateurs de l’état de la sécurité de l’eau
  3. Méthodologie pour cartographier la probabilité de contamination des eaux souterraines
  4. Méthode de cotation du risque pour la sécurité de l’eau
  5. Protocole pour les avis d’ébullition de l’eau

Lors de la dernière année du projet, l’équipe a organisé un atelier pour diffuser les résultats et en discuter avec des experts internationaux, les partenaires et les membres de l’équipe.

En outre, l’équipe de recherche a publié 16 articles revus par des pairs (les principaux sont mentionnés ci-après); elle a produit 5 rapports stratégiques et a présenté 39 exposés.

Dunn, G. et K. Bakker. « Canadian Approaches to Assessing Water Security: An Inventory of Indicators », (2009).

Norman, E., K. Bakker, G. Dunn, D. Allen, et C. Cook. « Water Security a Primer », (2010).

Cook, C. et K. Bakker, K. « Water Security: Debating an emerging paradigm », Global Environmental Change, vol. 22, no 1 (2012), p. 94-102.

Teschke et coll. « Water and sewage systems, socio-demographics, and duration of residence associated with endemic intestinal infectious diseases: A cohort study », BMC Public Health, vol. 10, no 767 (2010).

Résultats
  • Identification des lacunes importantes en ce qui a trait à l’accès aux données, à la coordination ainsi qu’à l’échelle. On a aussi mis en évidence l’utilité d’entreprendre des évaluations de la sécurité de l’eau comme moyen de sensibiliser les intervenants et de déterminer les priorités en lien avec la gouvernance de l’eau
  • Les constats sommaires de l’indice de sécurité de l’eau ont facilité la transmission claire de l’information aux décideurs communautaires, ce qui a été utile pour susciter l’appui des collectivités.
  • L’outil ayant un cadre du risque en format SIG cela permet de le modifier facilement pour incorporer des données de risque pour précises. Cet outil peut servir à mettre en évidence les zones d’aquifère qui sont potentiellement en grand danger de contamination, permettant ainsi de prendre des mesures d’atténuation de ces risques.
  • Prise de décision améliorée en lien avec le développement d’outils d’aide à la décision.

De plus, les principaux organismes fédéraux qui pourraient influencer les politiques à venir (comme le Conseil canadien des ministres de l’Environnement, WADC, la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie, Environnement Canada) ont lu et discuté des résultats de la recherche. On s’attend par exemple à des changements dans la méthodologie démontrant les impacts des carrières d’extraction de gravier, car les procédures actuelles tendent à ne pas tenir compte de la nature cumulative des impacts. 

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Équipe de Recherche et Partenaires:

Équipe de Recherche

Karen Bakker, professeure agrégée, Université de Colombie-Britannique
Diana Allen, Université Simon Fraser
Kay Teschke, Université de Colombie-Britannique
Edward McBean, Université de Guelph
Judy Isaac-Renton, Université de Colombie-Britannique
Reid Kreutzwiser, Université de Guelph
Michael M’Gonigle, Université de Victoria
Murray Journeay, Université de Colombie-Britannique
Graham Daborn, Université Acadia
Rob de Loë, Université de Waterloo
Monique Dubé, Université de la Saskatchewan
Michel Robin, Université d’Ottawa

Partenaires

Environnement Canada
Ministère de l’Agriculture de la Colombie-Britannique
Ressources naturelles Canada
Walter & Duncan Gordon Foundation
Ministère de l’Environnement de la Colombie-Britannique
Projet de recherche sur les politiques
Santé Canada
Canton de Langley
Grand River Conservation Authority
Golder Associates
Sciences de la Terre, Université Simon Fraser
CRSNG
Okanagan Basin Water Board
Programme sur la gouvernance de l’eau, Université de la Colombie-Britannique
SmartGrowth BC
Projet Polis, Université de Victoria
Ville de Guelph, département des eaux
Ville de Brantford
Clearbrook Waterworks District
GWSolutions

RAPPORT 

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